Jaipur
✴︎ quelques profondeurs de mes méandres internes ✴︎

Aujourd’hui, je n’ai pas envie d’écrire sur ce que j’ai vu, sentie, entendue ou goûtée, j’ai envie d’écrire sur ce qui me traverse.
Ce matin, je croise au petit-déjeuner de mon auberge un couple de français, et encore une fois, je reçois de pleine face leurs préjugés lancinants confinés dans leur peur du monde. Quelle piqûre de bravoure ou d’inconscience peut bien amener une jeune femme blanche à voyager toute seule dans ces lieux hostiles ? (Je caricature certe le propos, mais la substance est là). Je n’y suis pas spécialement poreuse et suis plutôt habituée à la chose, mais tout de même, cela m’interpelle. Nous ne sommes plus sur le territoire français, les fantasmes et les peurs de ce lieu étranger laissent place au réel, à l’expérience des sens, cela ne semble pourtant n’avoir que peu d’impact.
Je ne comprends pas pourquoi mon ressenti est si étranger aux sentiments des autres. Le poids de l’expérience, de la culture et des injonctions médiatiques devrait pourtant suffire à combler ma quête de compréhension. Mais je cherche avant tout une correspondance à ma lecture sensitive du monde, et j’y échoue lamentablement à chaque nouvelle rencontre.
Je me permets de citer une énième fois ma bien-aimée autrice :
« Car il existe toujours un écran entre soi et la réalité, auquel aucun individu ne peut – et ne pourra jamais – échapper. Ceux qui pensent le contraire, qui imaginent pouvoir atteindre la vérité, l’authenticité d’un lieu, d’une culture – ou au moins s’en sortir mieux que les autres – ne font que se mentir à eux-mêmes.«
Lucie Azema
Une claque d’humilité fait toujours le plus grand bien à l’apprentie voyageuse que je prétends être. Loin de moi l’idée d’affirmer que mon écran de fumée soit plus réel, plus vrai que celui des autres, mais force est de constater qu’il est à minima bien différent. Ressens-je l’épaisseur de l’écran qui les séparent du monde aussi fort qu’ils ressentent le mien ? Une réponse à laquelle je n’aurais probablement jamais accès, il ne me reste plus que mes illusions de moi-même dans lesquelles me bercer lentement. Une bien sombre perspective.
J’espère que ce billet, un peu différent des autres, n’aura pas totalement perdu mes lecteurs (un peu me suffit), et qu’il résonnera tout de même dans quelques esprits.
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