Maeshwar
✴︎ le goût de l’odeur d’une tasse en argile – le tintement des cloches des pèlerins – les couleurs des saris et des légumes qui se confondent – les dattes agglutinées de sucre qui collent aux doigts ✴︎

Premières impressions de Maeshwar : je suis arrivée il y a à peine quelques heures, et déjà, je ressens une quiétude bien rare en Inde, c’est surprenant, mais d’un plaisir savoureux. Comme si ici le temps ne s’exprimait plus de la même manière, une douceur propre aux petites villes proches de l’eau. Maeshwar borde la Narmada, fleuve divin relié à Shiva, une sorte de petit Banaras, sans son agitation fiévreuse, comment s’étonner que je m’y sente chez moi.
Quelque chose de beaucoup plus doux ici, comme une caresse, je n’avais encore jamais expérimenté cela en Inde. L’impression que le temps s’est arrêté, chaque instant est paisible, l’âme allégée. Je peux rester des heures sur les ghats, à observer la vie se mouvoir délicatement autour de moi, bercée par le clapotis de l’eau et le soleil au zénith. Un apaisement et un calme qui se ressent jusque dans mes échanges avec les indiens vivant ici, beaucoup de subtilité, de retenue, de place au silence. J’ai l’impression d’avoir trouvé un lieu qui calque ma manière de voyager : avec lenteur, dans l’observation, beaucoup d’instants de vides. J’aime être ici et je suis infiniment reconnaissante que le temps long me donne la chance de l’explorer.
J’y savoure quelques-uns de ces plaisirs indiens dont je ne pourrais me lasser : boire son chaï dans une petite tasse en argile, prévu à cet effet, petit bijou d’artisanat qui ne sera pourtant utilisé qu’une seule fois. Je découvre avec émerveillement une nouvelle enveloppe sensorielle à chaque nouvel endroit : forme, odeur, texture, couleur ; aucune ne se ressemble et accompagne systématiquement ce moment que je chéris tant. Le chaï indien va me manquer, c’est certain…
Et puis il y a eu le marché de Maeshwar, croisé par hasard au détour d’une rue, une expérience sensorielle d’une profondeur bouleversante. Comment retranscrire ces sensations si puissantes, un exercice bien difficile… Des étals de marchandises à même le sol sur des centaines de mètres, des dizaines d’allées de terre battue qui s’entrecroisent ; partout ou le regard se pose des couleurs aux nuances infinies prennent toute la place. Des légumes, par dizaines de variétés, s’empilent : des carottes rouges sanguines longues comme des branches, des aubergines charnues d’un pourpre profond, des haricots verts, pommes de terre, piments, tomates, branches aromatiques en tout genre, d’énormes choux fleurs dont les branches s’accumulent pour former un voluptueux nuage de feuilles vertes et aériennes. Des stands entiers d’oignons, d’ails et de gingembres par dizaines. Des montagnes d’épices de couleurs et d’odeurs inconnues, de l’anis étoilé, des graines de cumin et de moutarde, des feuilles de laurier, des noix de cajou, du safran d’un rouge si profond. Des lentilles de toutes les couleurs dans de gros sacs de graines. Des fruits exotiques, des régimes de bananes, des dattes agglutinées par le sucre. Les saris colorés des vendeuses assises à même le sol dont les couleurs chatoyantes se confondent avec celles des légumes. C’est tout un monde qui s’articule ici, donnant vie aux saveurs des repas de centaines de foyers. L’Inde dans toute son intensité, dans ses ambiances qui me refont tomber amoureuse à chaque fois.
On dit que le Madhya Pradesh est le cœur de l’Inde – the heart of India – je le ressens si fort… Il y a autre chose qui se passe ici, une Inde plus profonde, plus intime ; qui touche au cœur différemment.
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