28.10.25

Rishikesh

✴︎ quelques sentiments d’inconfort ✴︎

Rishikesh, je n’y suis pas restée très longtemps, trois nuits, quatre journées tout au plus. Dès le début, je ne m’y suis pas sentie bien, pas au bon endroit, du tout.

C’est un sentiment étrange, première fois que cela m’arrive depuis le début de mon voyage, de ne pas me sentir à ma place. Depuis mon arrivée à Rishikesh, tout sonne faux, quelque chose cloche. Pourtant la ville est radieuse, nichée au cœur des montagnes et traversée par une eau bleue limpide du gange sacré, il y a tout pour plaire. Il n’y a rien à dire, l’endroit est objectivement agréable et paisible.

Et pourtant… cela ne le fait pas, je ne m’y sens pas à ma place, je ne sais pas où me mettre. Ce lieu me maintient dans une forme de flou permanent. C’est vraiment troublant. Un sentiment de vide, une envie de partir loin, de fuir, des émotions qui ne me plaisent pas, comme une coupure dans la chair fraîche de mon voyage.

Je vois défiler dans les rues des dizaines et des dizaines de touristes, beaucoup d’européens, des français aussi, par grappes, en entre-soi cloisonné, venus faire des retraites de yoga, à coup de grandes révélations sur le sens de leur vie grâce à une semaine de « connexion » à l’Inde, dans cet espace aseptisé, parfaitement adapté à ces grandes prises de conscience. Me voilà bien cynique, mais j’ai beaucoup de mal à supporter cette spiritualité commerciale qui déborde d’hypocrisie de tout côté.

Rishikesh est le haut lieu des yoginis : retraites, séminaires, coaching et formations en tout genre, il attire les foules occidentales en quête de sens ou la bourgeoisie indienne venue de Delhi le temps d’un week-end au vert. Je vois tout ce beau monde défiler autour de moi, mais je m’y sens extérieure, je ne m’y connecte pas.

J’ai eu envie de partir, très vite, dès le premier jour, dès les premiers instants, mais je n’ai pas voulu y succomber, pour ne pas fuir une sensation d’inconfort. D’abord comprendre avant de partir. Je ne suis pas sans savoir que notre état intérieur est bien indifférent au lieu dans lequel nous sommes ; si la stabilité intérieure est absente, elle le sera quel que soit le cadre. Je refuse le voyage pour la fuite. Alors je suis restée.

Et après trois nuits, je constate : ce lieu ne me parle pas, ce lieu m’oppresse, je ne retrouve pas ici l’âme de l’Inde qui me fait tant vibrer, je veux partir. Et observer comment mon cœur réagit à un autre environnement : est-ce intérieur ou bien simplement épidermique ? Nous le verrons bien. Pour l’instant, je veux retourner à Varanasi, ce lieu m’appelle encore, je suis étonnée de vouloir y retourner si tôt, mais qu’importe… je m’écoute et en profite pour me rapprocher de ma porte d’entrée pour le Népal.

Je sens que je n’en ai pas encore fini avec cette ville si hypnotique, il y a encore des choses qui me manquent, un besoin d’y retourner. Ma liberté me le permet, alors pas besoin d’y réfléchir plus d’une fois.

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  • 13.01.25

    l’odeur des herbes desséchées par le soleil – le brouhaha incessant de l’euphorie indienne – l’immensité magistrale de la prouesse humaine – les souffle coupé devant tant de beauté

  • 08.01.26

    l’odeur du feu de bois qui embaume les confidences – le silence enveloppant d’une cité oubliée – la lumière dorée qui caresse la pierre chaude – le goût acidulé de l’enfance qui fond sous la langue

  • 06.01.26

    le goût de l’odeur d’une tasse en argile – le tintement des cloches des pèlerins – les couleurs des saris et des légumes qui se confondent – les dattes agglutinées de sucre qui collent aux doigts

  • 04.01.26

    l’odeur des premières fleurs de bougainvillier – les enceintes du temple qui grésillent à pleins poumons – le palais illuminé aperçu au loin – le goût unique de l’Inde du Nord

  • 01.01.26

    le calme retrouvé d’une petite ville de campagne – la lumière dorée de fin de journée qui éclaire délicatement les dizaines de temples autour de moi – la douceur sucrée à base de date et de noix de cajou dont j’ignore le nom

  • 29.12.25

    le tableau vivant des bateaux qui ondulent sur l’eau du gange – la brume hivernale qui recouvre la ville – le goût unique du malayo, fondant et aérien – la nostalgie d’un endroit que je n’ai pas encore quitté

  • 11.12.25

    l’odeur de l’encens – le cliquetis feutré des malas – les paysages poussiéreux du Bihar – le goût salé et laiteux du pocha, le thé au beurre tibétain

  • 06.12.25

    le bruit de la ville qui ne s’arrête jamais – les tata trucks peinturlurés de tous côtés – le goût du marché aux fleurs

  • 31.11.25

    l’air pur des montagnes si précieux en Inde – la mélodie d’une flûte qui monte tendrement – les sommets himalayens qui se dévoilent à travers la brume – la tasse de thé fumante qui luit de ses reflets dorés

  • 26.11.25

    le manque de l’Inde

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