Varanasi
✴︎ le gange – les rives embrumées au loin – les petites barques et bateaux colorés, rouillés par le temps – quelques indiens qui se baignent dans l’eau terreuse ✴︎

23h de bus plus tard, et me voilà arrivée à Varanasi, Bénarès pour certains, la plus ancienne ville d’Inde, et même du monde me dit-on. Je me réveille doucement, la nuit fut rythmée par le bruit des klaxons et le brouhaha incessant à chacun de nos arrêts. J’ai pourtant étonnamment bien dormi, les couchettes se révélant être plutôt confortables – je n’ai pas vu cette journée défiler, étrange phénomène qui apparaît à chacun de mes trajets en Inde : je suis hypnotisée.
J’ai trouvé un petit refuge pour me remettre de ce long trajet, à l’ombre de grands arbres, une vue plongeante sur le gange, encore enfoui dans la brume de la nuit, je m’imprègne doucement de l’atmosphère de la ville. À la table voisine, un groupe d’adolescentes se prennent en photo sous tous les angles, je les observe avec beaucoup d’amusement.
Mon arrivée à Varanasi n’est cette fois pas le fruit du hasard ou du sens du vent, je voulais expressément m’y rendre pour Divali (“fête des lumières”), une des plus grandes fêtes hindoues, précipitant un peu mon départ de Pushkar. Je ne suis pas sans savoir que Varanasi est une ville très chargée en énergie, elle ne laisse personne indemne et peut venir bousculer profondément les certitudes trop vacillantes. Combinée à la fureur et à l’euphorie de Divali, cela promet d’être très intense, tant au niveau sensoriel qu’émotionnel. Après un mois en Inde, je pense y être prête et recherche peut-être même cette brutalité intime.
Et après simplement quelques heures a déambuler dans la ville, je ressens effectivement la puissance de ce lieu. Il y a quelque chose de fort qui se dégage de cette ville.
Je me promène de ghats en ghats, descendant et remontant ces marches qui mènent au fleuve sacré : ganga. L’eau est terreuse, quelques reflets verts, les hommes et les femmes s’y plongent, se purifiant de toutes leurs vies. Les corps qui se savonnent, les vêtements qui sèchent, les photos de famille les tibias dans l’eau. La fumée, continue, qui s’échappe des crémations à ciel ouvert, alimentée, bûche par bûche, par des intouchables, les seuls autorisés à toucher les corps carbonisés. L’atmosphère est brumeuse, la lumière orangée filtre à travers cette chape de fumée, comme si les milliers d’âmes incinérés sur ses rives recouvraient la ville. Les oiseaux volent bas, comme prisonniers de cette prison de fumée. Je suis contente d’être seule, cette connexion profonde et intime à ce qui m’entoure le nécessite.
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