Bundi
✴︎ l’odeur des épices fraîchement moulus – les pétards des enfants dans la rue qui me font sursauter – un bouddha délicatement peint sur une petite carte – un plat partagé à la table familiale ✴︎

Ce matin, pas de quête précise, une simple déambulation dans la ville au fil de mes envies et des rencontres. Je profite une dernière fois des rues calmes de Bundi, je pars demain à la première heure pour Udaipur, en train cette fois, j’ai hâte d’expérimenter le roulis des wagons indiens.
Une longue discussion avec un indien déjà croisé il y a quelques jours, quelques vaches évitées sur la route, un chaï dans une petite échoppe familiale, les épices moulus devant mes yeux : cardamome, canelle, gingembre, clous de girofle et poivre noir ; un délice, comme d’habitude, il faut absolument que j’essaye de reproduire ça à mon retour !
Il y a une dernière chose que je veux faire avant mon départ, et que j’ai doucement repoussée toute la semaine : retrouver l’endroit où nous étions, il y a quinze ans, dans la même petite ville, les prémisses d’un bouleversement intime. Je n’ai rien de plus qu’une adresse, une vielle photo en poche, et un brin de courage pour toquer a la grande porte en métal qui m’accueille.

Je retrouve la grande cour intérieure, les murs n’ont pas changé, le jardin a été modifié par le temps, et sans doute par ma mémoire. Je suis accueillie à bras grands ouverts, avec une grande curiosité, et beaucoup d’émotion, de se retrouver, de manière si improbable, quinze ans après…
Je n’ai pas particulièrement pour usage de partager ici des photos de moi, mais celles-ci me semblent être à leur place.


Même endroit, quelques années passées, et quelques centimètres en plus… drôle de sensation.
Après un chaï partagé, je me vois inviter pour le déjeuner, je prends plaisir à entrer dans la vieille bâtisse, et à montrer à chaque nouvelle personne que je croise ma vieille photo, elle a beaucoup de succès !
En m’attablant à la grande table en bois familiale, je suis surprise, alors même que j’ai longuement échangée avec plusieurs femmes de la famille, il n’y a que des hommes à table, les femmes restent sur le côté de la pièce, elles ne déjeunent pas avec le reste de la maisonnée. Cela m’évoque une réflexion déjà croisée dans l’une de mes lectures (toujours par la seule et unique : Lucie Azema).
“La voyageuse bénéficie d’un statut privilégié qui lui donne accès aux espaces féminins ainsi qu’aux espaces mixtes, voire masculins, faisant d’elle une sorte de troisième sexe.”
Dans un pays où je perçois chaque jour un peu plus les dynamiques et hiérarchies qui structurent la société, je ressens profondément cette place que j’occupe, qui me donne constamment accès à des espaces normalement réservés aux hommes. Je décèle de plus en plus certaines clés de lecture sur ce que j’observe quotidiennement autour de moi, et ce n’est pas sans me bousculer…
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