27.09.25

Bundi

✴︎ l’odeur de l’encens qui brûle dans le temple – les bruits autour de moi qui m’envahissent – le trait fin et délicat de henné sur ma main – les aubergines fondantes du thali ✴︎

La journée fut longue et éprouvante, je ressens la fatigue sur mes épaules, mais quelle journée !

Hier, je rencontre au coin d’une rue, comme cela m’arrive plusieurs fois par jour, un indien curieux de discuter avec moi, et qui me promets le meilleur lassi de la ville dans son restaurant familial. Il m’est curieusement sympathique, un drôle de personnage, il faut le dire. Jay parle très vite, un large sourire, comme un enfant excité de raconter sa journée, et tiens absolument à faire défiler devant mes yeux des pages et des pages de recommandations et de remerciements en toutes langues. Après un lassi dégusté (délicieux, il faut le reconnaître), un délicat trait de henné tracé sur ma main, et quelques mots d’anglais échangés, il me propose d’accompagner sa sœur, Riku, au temple le lendemain.

Me voilà donc, réveillé aux aurores, en route pour rejoindre Riku au coin de la rue, qui me prend sous son aile pour la journée. Nous sommes rapidement rejoints par un groupe de femmes, de toutes générations : allant de la petite fille d’à peine un an à l’arrière grand-mère ; toutes vêtus de saris, les cheveux délicatement tressés et poudrés de rouge, et un bindi sur le front. Je m’émerveille de leurs allures majestueuses, de si bon matin. Il me semble que ce sont des parures de fête, mais je n’en suis pas si sûre.

Nous nous mettons ainsi en route, dans des éclats de rires, pour un trajet qui durera plusieurs heures, je ne le sais pas encore.

Un premier tuk-tuk pour rejoindre la gare routière, entassées les unes contre les autres, les enfants sur les genoux, puis commence un long trajet de bus, de près de 2h. Comme hypnotisée, les paysages défilent devant mes yeux : de longues étendues d’eau et de plaines, des rizières verdoyantes à perte de vue (le riz basmati vient d’ici !), et des petits villages au rythme des klaxons.

Nous arrivons vers 9h devant la grande porte du temple, le lieu commence à se remplir doucement, des groupes empruntent le long chemin de sable, sur près de 10 km, brandissant de grands drapeaux rouges qui flottent au vent. Nous montons dans un second tuk-tuk, rempli de tout côté, pour nous amener au plus proche, j’essaye de compter le nombre de personnes entassées dans le véhicule : 15, rien que ça !

Le temple est bondé, des échoppes et des boutiques de tout côté, des sifflets et des pistolets en plastiques résonnent, les enceintes des camions de musique font trembler le sol, il y a tellement de monde, cela en est étourdissant. Riku m’emmène dans la succession de rituels, je ne comprends pas tout, son anglais restant approximatif, et mon hindi étant au point mort. Les demandes de selfies se succèdent, tout va vite, une femme est en transe devant l’autel principal, des prières, des genoux à terre, partout, beaucoup de photos, des selfies aussi, apparemment il faut montrer qu’on est ici. Cela fait beaucoup, même pour moi, qui suis habituée au tumulte des rues indiennes.

Lorsque la foule se fait trop oppressante, les demandes en tout genre trop nombreuses, Riku me prend la main et me guide pour m’en éloigner. Elle prend son rôle très au sérieux, et me constitue un bouclier aux trop curieux et trop envieux. Cela fait du bien d’être entourée de femmes, même si on ne se comprend que peu, il y a des sourires, une présence, des rires, de la sororité ; cela m’avait manqué, beaucoup.

Quand la chaleur se fait trop étouffante, nous nous réfugions à l’ombre pour déjeuner et nous hydrater. La petite Siya dort à poings fermés, malgré les basses assourdissantes à quelques mètres.

Nous repartons après quelques heures, la journée bien entamée, pour le chemin inverse : le tuk-tuk rempli à ras bord, le bus à travers les plaines, le second tuk-tuk jusqu’au coin de la rue. Nous arrivons décoiffées, transpirantes et épuisées, avec beaucoup d’images dans la tête, et de mon côté d’innombrables questions. Quelle journée !

✴︎✴︎✴︎

One response to “27.09.25”

  1. Hélène Avatar
    Hélène

    Hummm ! Quelle belle expérience ! Merci pour tes lignes qui m’ont faite voyager un peu à tes côtés (serrée serrée 😉) gros bisous

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  • 06.12.25

    le bruit de la ville qui ne s’arrête jamais – les tata trucks peinturlurés de tous côtés – le goût du marché aux fleurs

  • 31.11.25

    l’air pur des montagnes si précieux en Inde – la mélodie d’une flûte qui monte tendrement – les sommets himalayens qui se dévoilent à travers la brume – la tasse de thé fumante qui luit de ses reflets dorés

  • 26.11.25

    le manque de l’Inde

  • 23.11.25

    la pollution qui asphyxie mes poumons – la cacophonie de la ville – des murs imprégnés de rêves – le plaisir exquis d’une part de gâteau trop sucrée

  • 20.11.25

    comme un goût d’artificiel

  • 11.11.25

    les premières effluves de cuisine népalaise – le tintement du carillon sous la brise – les montagnes qui se découpent, telles des ombres chinoises, partout à l’horizon – le goût des momos tibétains qui fondent dans la bouche

  • 07.11.25

    de l’Inde au Népal

  • 06.11.25

    l’odeur fumeuse de la ville – le tintement joyeux des grelots secoués – les flammes hypnotiques qui dansent, toute la nuit durant

  • 31.11.25

    les effluves de poulet grillé – le bruit si familier et presque réconfortant des klaxons – la beauté époustouflante de cette finesse architecturale – le goût de l’Inde retrouvé

  • 28.10.25

    quelques sentiments d’inconfort

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