Bundi
✴︎ l’odeur enfumée des fourrages qui brûlent sur la chaussée – les chants au loin qui transpercent la fenêtre de bon matin – un gecko que j’aperçois furtivement derrière ma moustiquaire – le premier repas que je mange avec plaisir ✴︎

Hier soir, je suis arrivée à Bundi, 19h10, la nuit est déjà tombée, je sors du bus.
Je saute directement dans un tuk-tuk, en direction de mon auberge, préalablement choisi, mais jamais réservé, c’est la règle. Mon carrosse me secoue sur la piste de gravier, j’aperçois au loin le fort illuminé, je me sens bien, je suis au bon endroit.
J’entre dans mon auberge, une ancienne Haveli, typique, sa grande cour intérieure m’accueille dans la pénombre. Je comprends vite que je suis la seule cliente, la saison n’a pas encore commencé, toutes les chambres sont libres. Je choisis la meilleure, un peu plus chère, tout de suite je m’y sens bien, une chambre à moi, ça sera celle-là.
Je m’installe dans le jardin, donnant sur le lac, les montagnes en seul décor, dans la pénombre, une seule ampoule pour éclairer mon repas. Je me régale comme je ne me suis jamais régalé depuis mon arrivée : un thali, tout simple, pas trop épicé, beaucoup de légumes, des chapatis, un délice. Mon corps est enfin acclimaté.
Dans la nuit, dans ce décor encore flou par l’obscurité, je le sens, j’ai trouvé mon lieu.

Le lendemain me le confirme, réveillé par les rayons colorés qui transpercent la fenêtre. Je prends mon petit-déjeuner dans le jardin qui se découvre devant mes yeux. Sur la table en granit coloré et en métal rouillé éreinté par le temps, ma tasse de chaï trop sucrée, et mon carnet, rien de plus. Un instant de béatitude, de bon matin, bercé par la musique lointaine et le piaillement des oiseaux. Je crois que j’ai trouvé mon petit paradis, un lieu qui restera dans les bordures de ma mémoire, comme un refuge.

Je trouve beaucoup de réconfort dans les lieux, ils ont une place centrale dans ma vie, berceau de mes états d’âme, un instant me suffit pour y prendre racine, même si je ne les habiterai qu’un instant. Je ne serais rien sans lieux ou m’épancher, mon étincelle en dépends. Celui-ci rejoint les plissures de ma mémoire, en refuge douillet, comme bien d’autres avant lui : un écrin de verdure et de respiration niché dans la forêt du Lys, le foyer familial et sécurisant de sa tendre enfance, des appartements étudiants à la lumière d’une bougie ou de quelques ampoules, un café stamboulien… Je veux peupler mon esprit de tant de refuges qui bercent mon cœur, et ne peux imaginer la douleur de ceux qui ont sont subitement privés, se voyant arracher une partie de leur entrailles. J’y pense fort, et les larmes coulent.
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