22.09.25

Jaipur

✴︎ l’odeur de renfermé de salles princières oubliées – le rire des enfants qui courent derrière moi – le nuage d’oiseaux qui dansent par la fenêtre – la fraîcheur du jus de mangue qui coule dans ma gorge ✴︎

Ce matin, réveil à l’aube, avant de sauter dans un bus en direction du fort d’Amber, que je lorgne depuis mon arrivée, dominant toute la ville.

Le fort est absolument immense, majestueux, je prends plaisir à me perdre dans les enfilades de passages voûtées, entre deux demandes de selfies, et beaucoup de langues européennes. Je trouve mon refuge au creux d’une fenêtre, donnant sur la cour principale, les montagnes comme seul horizon. J’observe lentement le théâtre sous mes yeux. Devant moi, la parade des touristes, chapeau sur la tête, perche à selfie à la main, à coup de cliquetis d’appareil photo. La chaleur monte tendrement, et caresse de plein fouet les fronts luisants. Je m’amuse de cette fourmilière à laquelle je participe depuis mon perchoir. Mais la beauté et l’immensité du lieu subjugue tout le reste, qui disparaît de mon esprit aussi vite que les nuages d’oiseaux voltigeants au-dessus de moi. Derrière, les montagnes, dans l’immensité du ciel. Quelques airs tibétains, de ce que j’en fantasme des lourds bâtiments monastériels dominant la vallée. Peu de ressemblance, l’imaginaire fait le reste.

Mon enfant, ma soeur,
Songe à la douceur
D’aller là-bas vivre ensemble!
Aimer à loisir,
Aimer et mourir
Au pays qui te ressemble!
Les soleils mouillés
De ces ciels brouillés
Pour mon esprit ont les charmes
Si mystérieux
De tes traîtres yeux,
Brillant à travers leurs larmes.

Là, tout n’est qu’ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.

Des meubles luisants,
Polis par les ans,
Décoreraient notre chambre;
Les plus rares fleurs
Mêlant leurs odeurs
Aux vagues senteurs de l’ambre,
Les riches plafonds,
Les miroirs profonds,
La splendeur orientale,
Tout y parlerait
À l’âme en secret
Sa douce langue natale.

Là, tout n’est qu’ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.

[…]

L’invitation au voyage, Charles Baudelaire

Dans le bus qui me ramène en ville, je savoure la fraîcheur d’un jus de mangue, industriellement sucré, le goût de la mémoire avant tout.

J’ai décidé qu’aujourd’hui serait ma dernière soirée à Jaipur, je ressens le besoin de prendre le large, voir d’autres horizons. Demain, je pars pour Bundi. La liberté de mes mouvements ne m’a jamais semblé aussi précieuse.

✴︎✴︎✴︎

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  • 06.12.25

    le bruit de la ville qui ne s’arrête jamais – les tata trucks peinturlurés de tous côtés – le goût du marché aux fleurs

  • 31.11.25

    l’air pur des montagnes si précieux en Inde – la mélodie d’une flûte qui monte tendrement – les sommets himalayens qui se dévoilent à travers la brume – la tasse de thé fumante qui luit de ses reflets dorés

  • 26.11.25

    le manque de l’Inde

  • 23.11.25

    la pollution qui asphyxie mes poumons – la cacophonie de la ville – des murs imprégnés de rêves – le plaisir exquis d’une part de gâteau trop sucrée

  • 20.11.25

    comme un goût d’artificiel

  • 11.11.25

    les premières effluves de cuisine népalaise – le tintement du carillon sous la brise – les montagnes qui se découpent, telles des ombres chinoises, partout à l’horizon – le goût des momos tibétains qui fondent dans la bouche

  • 07.11.25

    de l’Inde au Népal

  • 06.11.25

    l’odeur fumeuse de la ville – le tintement joyeux des grelots secoués – les flammes hypnotiques qui dansent, toute la nuit durant

  • 31.11.25

    les effluves de poulet grillé – le bruit si familier et presque réconfortant des klaxons – la beauté époustouflante de cette finesse architecturale – le goût de l’Inde retrouvé

  • 28.10.25

    quelques sentiments d’inconfort

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